Homélie
Prière universelle
ASSOMPTION
(Luc 1,39-56)

 

Chaque année, nous lisons l’évangile de la Visitation, alors que nous fêtons l’Assomption. Ce n’est pas sans raison..
« Bénie entre les femmes… » Dieu l’a bénie, comme il avait béni Abraham et Isaac en leur annonçant la naissance de leurs fils. Dans la culture patriarcale de l’époque, c’est assez étonnant. Marie fait exception. Luc met sur les lèvres d’Élisabeth la prière de la communauté chrétienne primitive : « Heureuse celle qui a cru ! », la béatitude qui contient en germe toutes les autres. Dieu a opéré en elle de grandes choses !
Qu’est ce qui fait la sainteté de Marie ? Sa maternité divine d’où vont découler tout ce qui est admirable en elle, son assomption, son couronnement au ciel, tout ce que bien des prédicateurs ont largement développé, mais aussi ce qui faisait dire à Ste Thérèse : « S’il faut toujours s’exclamer avec des Oh ! ou des Ah ! d’admiration, on en a assez ! Ce qui m’intéresse, disait elle c’est de savoir en quoi elle est imitable. Elle aime mieux l’imitation que l’admiration.
Imitation, c’est le grand mot, comme pour Jésus.

Il est Lui, le modèle de toute perfection humaine. Mais pleinement homme il est aussi pleinement Dieu, Il est Dieu fait homme, c’est à dire le Fils de Dieu, égal à son Père, assumant la nature humaine et la faisant toute sienne, tout en subsistant dans une personne divine. L’humanité de Jésus n’en est pas pour cela privée de rien d’humain, toutefois, sa plénitude humaine ne se réalise pas en elle-même, mais au-delà d’elle-même.
Il s’ensuit que l’imitation de Jésus, si justifiée soit-elle, n’est pas sans donner prise à l’ambigüité. Il y a quelque chose qui est le fond dernier de l’être du Christ, que nous ne pourrons jamais imiter, son existence personnelle, ou plutôt ce que nous ne pourrons imiter qu’en lui étant incorporés, en vivant non plus en nous, mais en lui. C’est ce que nous lisions dans l’évangile de dimanche dernier : « Si quelqu’un mange ma chair et boit mon sang, il aura la vie en lui… ». Manger la chair et boire le sang du Christ, c’est faire nôtre l’humanité de Jésus, sa manière d’être homme.
La vierge Marie au contraire est notre modèle sans restriction. En elle nous trouvons la perfection qui doit être l’objet même de nos désirs. Cette perfection, c’est à proprement parler la perfection de sa relation à la personne de Jésus, . C’est dans toutes les étapes de la naissance et de la croissance de cette relation que nous devons la contempler pour l’imiter, dans le dénuement de la crèche, le silence de Nazareth, le travail quotidien d’une mère de famille, les joies partagées d‘une enfance heureuse, les angoisses de la montée à Jérusalem. A toutes ces étapes ils ont tout reçu l’un par l’autre !
En elle, il y a ce germe gratuit d’une vie personnelle de relation avec Dieu, dans la foi et le sacrifice, qui va se dégager progressivement, de l’Annonciation à la Pentecôte, en passant par le calvaire et qui trouvera son dernier épanouissement dans l’Assomption, c’est à dire dans la réunion suprême de la Mère et du Fils

C’est donc tout un humanisme, le seul humanisme chrétien véritablement intégral que l’image de Marie nous propose. En cela nous trouvons la vérité de notre humanité.
Quelqu’un de notre espèce est ressuscité, non point comme le fils de la veuve de Naïm ou Lazare. L’ère d’un ciel nouveau est inaugurée Le ciel n’est plus seulement à venir, il existe.
Voici que l’Assomption, mystère que l’on pouvait croire lointain et inaccessible, nous fait reconsidérer notre relation avec le corps , cette chair dont on fait si bon marché, pour l’exploiter, le vendre, le massacrer. Le vrai sens du corps, n’est ce pas la foi chrétienne qui nous le donne pour que nous n’en soyons ni l’esclave ni le maître inconscient ?

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