Homélie
Prière universelle
MULTITUDE DE SAINTS
(Mt 5)

Dans l’histoire, on n’a pas toujours rendu service aux saints. Non seulement en martelant leurs visages aux portails des cathédrales, mais sans doute pire, en écrivant , avec les meilleures intentions du monde, leur vie en un style bien pensant, souvent affligeant de fadeur et de mollesse.
Ici il n’y a pas de statues de saints, à part celle, fort belle, de la Vierge Marie. On ne les voit pas affublés d’habits de parade qui les rendraient bien incapables de faire le ménage ou de scier une planche. Même St Benoit et Ste Scholastique n’ont droit qu’à un petit vitrail bien caché…
On leur a vissé sur la tête des couronnes de crainte qu’ils ne passent inaperçus.
Bref on les a souvent déshumanisés, oubliant qu’ils ont eu mal aux dents, des cors aux pieds, de l’arthrose comme tout le monde.
J’aime bien entendre Ste Thérèse déclarer : « quelle savate d’omelette on m’a servi dans ma vie. On croyait que je l’aimais ainsi, toute desséchée. Il faudra faire attention, après ma mort, à ne pas donner cette saleté aux pauvres sœurs » Ou bien entendre le Padre Pio, au début de la messe, s’en prendre aux femmes qui faisaient trop de bruit pour être au premier rang…

Les saints ne sont pas seulement des témoins et la mémoire de l’Église, ils en sont la substance. On a dit qu’ils sont la santé du monde. Ils assurent l’équilibre des fonctions de ce que St Paul a osé nommer le Corps du Christ, ce corps dont nous sommes les membres, et dont nous savons bien qu’il est parfois malade, fatigué, avec des articulations qui ne répondent plus bien à ce que demande la tête. Mais les saints apportent une poussée de vie, un sang nouveau. Ils sont la jeunesse du monde, le printemps de l’Église.

Mais ils restent des hommes et des femmes comme nous. Ce sont ces malades d’empereurs romains qui se sont déclarés dieux. A cette époque d’ailleurs, il n’était pas question de saints, mais de martyrs. C’est seulement au 4ème s. que commence la sainteté officielle. Ensuite les critères ont beaucoup évolué. Au début, c’était la « vox populi vox Dei », puis ce fut celle des évêques, et enfin celle du Pape. Cette histoire ne manque pas d’intérêt, ni de surprises, mais ce qui nous retient aujourd’hui, c’est la sainteté ordinaire, celle à laquelle nous sommes tous appelés.
Il y a des héros, mais aussi les fantassins. Bernanos disait de ses camarades de combat pendant la guerre : « Nous étions tous des saints, mais des saints de basse catégorie… »

Les héros donnent l’illusion de dépasser l‘humanité.
Le saint ne la dépasse pas, il l’assume,
il s’efforce de la réaliser le mieux possible.

Il faut voir la différence.

Il s’efforce de s’approcher le plus près possible de son modèle Jésus Christ,
c’est à dire de Celui qui a été le plus parfaitement homme,
avec une simplicité parfaite, au point de déconcerter les héros.

C’est en partageant la Parole et le Pain que nous devenons par excellence le Peuple saint rassemblé dans l’Esprit pour rendre gloire à Dieu.

1.XI.XVIII

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