Homélie
Prière universelle
TA FOI T’A SAUVÉE
(Luc 7/36)

Luc nous invite avec Jésus chez Simon, un pharisien, l’un de ces bons pratiquants, les meilleurs appuis du judaïsme, que la prédication de Jésus commence à inquiéter. On l’accuse de ne pas respecter la loi, de vouloir l’abolir. Il a répondu par le contraire. Il n’est pas venu abolir, mais accomplir, donner à la Loi toute son importance. Mais attention, nul n’est sauvé par la pratique de la Loi. Certes il ne s’agit pas de la transgresser pour le plaisir ou de faire n’importe quoi. Mais, après avoir accompli la Loi, nous n’avons fait que notre devoir. Il reste une étape à franchir : donner notre foi à celui que Dieu nous envoie. Nous serons alors pleinement fidèles à la Loi, mais nous le serons au nom de la foi. Ce n’est pas parce que nous sommes fidèles à la loi que nous sommes sauvés, mais parce que nous sommes sauvés que nous agissons bien. Nous l’avons entendu sous la plume de saint Paul dans la 2ème lecture.

Justement Simon s’interroge : comment Jésus peut-il se laisser approcher par cette femme de mauvaise vie qui lui verse du parfum sur les pieds ? Ca ne se fait pas, c’est la preuve qu’il n’observe pas la Loi  et qu’il n’est pas prophète.

Jésus répond à son habitude, par une parabole, un moyen qui laisse libre de se reconnaître dans l’un ou l’autre des personnages. Simon raisonne correctement : celui qui montre le plus de reconnaissance est celui qui avait le plus à se faire pardonner. De ce fait, s’il veut trouver sa juste place maintenant il ne peut que rejoindre la femme aux pieds de Jésus, pleurer avec elle en se reconnaissant pêcheur devant Dieu. Rien ne dit qu’il le fasse…

Elle a reconnu Jésus comme un prophète, comme se tenant à la source de l’amour qui pardonne. Ce qu’elle exprime, c’est son remerciement, car elle est certaine d’obtenir ce qu’elle demande « Tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez déjà reçu, et vous l’aurez » (Mc 11/24)

Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. Sa foi l’a sauvée, elle connait la béatitude de ceux qui pleurent : « Heureux ceux qui pleurent, ils riront » Luc 7/37. Ce qui vient de se passer chez Simon, c’est une scène de jugement, au sens fort du terme, non pas de condamnation, mais de vérité qui brille dans la lumière de Dieu

12.6.16

Vers la vie
(sur St Luc 7)

Deux cortèges vont se croiser. L’un va vers la vie, l’autre vers la mort.
A la tête du premier Jésus, suivi par toute  une foule. Habituellement, c’est la foule qui vient à lui, pour l’écouter, se faire guérir. Ils vont vers une ville, Naïm. En face vient un autre cortège, funèbre celui là. Tous les cortèges funèbres ne le sont pas au même titre. Celui-ci soulève l’émotion. Cette femme qui porte son enfant en terre a tout perdu. Elle est veuve et son fils était son seul enfant. La païenne de la première lecture est logée à la même enseigne, l’évidence pour elles c’est la victoire de la mort sur la vie.

Que se passe-t-il quand la source de la vie rencontre la mort aux portes de la ville ?

Nous avons eu récemment assez de morts tragiques en ville ou aux portes de la ville pour ne pas considérer cela comme une pure hypothèse. Le Seigneur la voit. Il est pris par la douleur de cette femme, douleur qui le prend aux entrailles. Peut-être voit-il en elle la douleur de Marie, sa propre mère. C’est semble-t-il la première fois qu’il sent monter en lui cette émotion profonde. La femme ne lui demande rien. Que peut-elle attendre ? Que peut-elle croire, si ce n’est à la réalité présente qui l’accable. Dans une situation semblable le centurion avait laissé jaillir sa foi : « Seigneur je crois, augmente ma foi… »
Mais cette femme pleure et cela suffit : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés, ils riront ! ». C’était une promesse, encore jamais réalisée. « Ne pleure pas ! » Jésus va l’accomplir. Il s’avance vers le cercueil, imposant l’arrêt au cortège. « Jeune homme, je te le dis, éveille-toi ! »  Puissance d’une parole qui vient traverser la mort et rendre la vie en ce jeune qui se redresse et se met à parler. Jésus ne le rend pas à sa mère. A la lettre il lui donne un fils, signe d’une nouvelle naissance, préfiguration de la résurrection. Jésus sera lui-même le premier né à s’éveiller au terme de l’histoire. 

Tous alors, nous dit saint Marc, sont saisis de crainte « Un grand prophète a visité son peuple ! » Sa renommée se répand alors partout, suscitant à la fois l’enthousiasme mais aussi les doutes et les refus. Nous venons d’apprendre à la fois l’humanité de Jésus, sa profonde communion à nos souffrances, mais aussi toute la puissance de résurrection qui l’anime.

Ce combat contre la mort, nous avons à le mener chacun à notre place avec l’esprit de force et d’espérance qui nous est donné.
Seigneur apprends-nous à combattre sans souci des blessures.

Donner la Vie
(St Sacrement)

Comme la plupart de nos fêtes, celle d’aujourd’hui a une longue histoire. Les premiers siècles ne l’ont pas connue, mais en tout temps, nous avons été invités à reprendre conscience de ce qui se passe lorsque nous célébrons l’Eucharistie. Il s’agit d’un sacrement, un acte du Christ qui, dans l’Église, par des paroles et des gestes nous rend présents à ce qu’il a accompli lors de son passage de ce monde à son Père. Il emporte avec lui et fait passer en Dieu notre vie actuelle et notre avenir. Eucharistie signifie « action de grâce », c’est à dire reconnaissance pour tout ce que Dieu a fait pour nous, de ce qu’il fait au jour le jour.

Que fait-il ?
Il nous fait exister
et prend en charge nos désirs comme nos fautes,
pour nous faire accéder à sa propre vie.

«De même qu’envoyé par le Père qui est vivant, moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi » dit-il dans saint Jean. Vivre par quelqu’un, c’est avoir ses pensées, son cœur, pris par lui, c’est être passionné, avoir un but dans la vie. Comme le ressort est ce qui fait mouvoir une montre, la passion est ce qui nous fait vivre. Ceux qui vivaient avec Jésus, qui le voyaient l’écoutaient, savaient qu’il était passionné. Il le disait : « Il faut que le monde le sache : j’aime le Père... »

Nous revivons ce dernier repas de Jésus où il donne le sens de tout ce qui va se passer : « Prenez et mangez… prenez et buvez..  » Comprenons que le Saint Sacrement n’est pas d’abord les hosties que nous conservons dans nos tabernacles, mais notre participation dans la foi au dernier repas de Jésus. La « réserve » n’est là que pour permettre aux absents, en particulier aux malades, de participer à nos célébrations. Nous y avons trop peu recours. Je suis toujours surpris de constater qu’une seule personne parmi vous va porter la communion aux malades ou aux personnes âgées. … 

L’Eucharistie n’est pas seulement là pour nous donner la présence du Christ. Elle le fait, mais cette présence est aussi action, don de la chair et du sang, donc de la vie. Elle ne doit pas passer au second plan. L’adoration du Saint Sacrement n’a de sens qu’en relation avec la Messe et ce qu’elle entraine.

Tu m’as tissé
(sur Jn 17)

Avouons-le, le dogme de la Trinité est peut-être, dans la foi chrétienne, celui qui est le plus difficile à admettre. Aussi bien juifs que musulmans, avec lesquels nous partageons la foi en un Dieu unique, ne comprennent pas pourquoi les chrétiens ont imaginé une chose pareille. Hérétiques pour les juifs, associateurs pour les musulmans, ils refusent de nous reconnaître comme eux fils d’Abraham.

En ceci il ne s’agit pas d’abord de doctrine, mais d’expérience, celle des disciples de Jésus qui ont vu toute la place que le Père tenait dans sa vie, qui ont appris de ses lèvres à nommer Dieu le Père,(Ps 89/27) tout en le découvrant  lui, Jésus, comme l’Envoyé du Père, image parfaite du Père, en même temps qu’il leur promettait la venue d’un Autre lui-même, présent dès l’origine, mais capable de défendre sa mémoire et d’assurer à tout jamais, sous une autre forme, sa visibilité.

Enfant prodigue
(Luc 15/1-3 11-32)

Si vous soutenez le fils cadet, tapez 1. Si vous soutenez le fils ainé, tapez 2.
Vous avez 7 minutes pour faire connaitre votre choix.
Vous pouvez envoyer SMS, mail, coup de fil au numéro qui ne s’affiche pas. L’appel est gratuit, pas de surtaxe. Vous pouvez même lever la main, si vous soutenez le fils cadet, ou si vous soutenez le fils ainé.
Après tout pourquoi pas ! Il n’y a pas au moins une soirée par semaine où il nous est proposé de voter pour soutenir tel ou tel candidat chanteur, ou danseur, ou cuisinier. Alors pourquoi pas pour l’un ou pour l’autre fils de la parabole.
Et la victoire revient au … au …
Bien sûr il y a l’avis du public, mais il y a aussi l’avis de ceux qui ont voté par correspondance, et il y a l’avis de ceux qui, depuis des siècles, méditent, contemplent, entrent dans le portrait que Jésus dresse de son Père par cette parabole. Aussi la victoire revient au Père. C’est d’ailleurs le titre donné à notre journée de pèlerinage sur les traces des saints de la Brie : « recevoir et vivre la miséricorde – miséricordieux comme le Père ».

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre