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Textes à méditer

Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers; le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre; le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu le bruissement d'un souffle ténu.1er livre des Rois, chap. 19

Tendre l’oreille au plus profond de son cœur… jusqu’à y discerner cette musique de fin silence dans laquelle Dieu se révèle.
C’est là aussi que résonne la Parole de Dieu, non pas celle écrite dans nos Bibles, mais « celle écrite avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs. »
Pour conduire sur le chemin de ce silence du cœur, nous vous proposons quelques textes à méditer. Tirés de la Bible, ou d’auteurs de différentes époques, nous espérons qu’ils vous donneront le goût de faire halte « dans le ciel de votre âme » (Élisabeth de la Trinité

+ Bonjour […],

Désolée d’avoir un peu tardé à vous répondre… Le temps (entre autres !) de laisser retentir votre question [« les moines, comment font-ils ? »] bien profond en moi… et de laisser remonter à ma mémoire/mon cœur ce qui, de St Benoit, me semblerait pouvoir parler d’en ce moment.

Oui, on est moines, alors vivre confinés ça nous connait… et en même temps…
Ce que je vous partage là est vraiment une parole en « je », un « je » qui a bien conscience que l’habit ne fait pas le moine – ni la moniale ! – et donc ne se sentirait pas crédible, ni honnête à répondre à la question : « les moines, comment font-ils ? ». C’est la parole de quelqu'un qui médite à cœur ouvert sur le sujet et qui trouve qu’il y a dans la Règle de St Benoit de savoureux trésors pour vivre en chrétien…

La Règle de St Benoit. Que dit-elle de la clôture ? Si je prends une concordance, en cherchant à « claustra », je trouve deux références :

      * RB 4,78 : « Or l'atelier où nous devons travailler diligemment avec tous ces instruments, c'est le cloître du monastère avec la stabilité dans la communauté. »
     * RB 67,7 : « De même celui qui se permettrait de sortir de l'enceinte du monastère, ou d'aller n'importe où, ou de faire quoi que ce soit, même de peu d'importance, sans l'autorisation de l'abbé. »

Maigre moisson… A en croire RB 4,78, cela a quand même un lien avec la stabilité… Alors essayons d’élargir la recherche à la « stabilité »:

     * RB 1,11 : A propos d’un genre de moines qui s’appelle les gyrovagues : « Toujours en route, jamais stables, esclaves de leurs volontés propres et des plaisirs de la bouche, ils sont pires en tout que les sarabaïtes. » [Cela n’a pas l’air d’être très enviable… En tous cas, peut-être cela révèle que l’un des enjeux de la stabilité, un des ‘trucs’ à découvrir dans l’expérience, rejoint la liberté, le fait d’être non-esclaves…]
     * RB 58,17 : « Avant d'être reçu, il [le profès] promettra donc publiquement, dans l'oratoire, stabilité, vie religieuse et obéissance »

Voilà…
Bon ce n’est pas tout ça, mais ça fait pas grand-chose à se mettre sous la dent…

Peut-être est-ce alors l’occasion – je m’interroge – de se dire que ce n’est pas forcément la clôture qui caractérise le moine. La clôture n’est probablement que là pour permettre une autre expérience. Et c’est peut-être sur cette autre expérience que Benoit développe plus. La clôture, la stabilité, le confinement ne nous mettrait-il pas tous face à cette expérience de nos limites ? Aujourd’hui, je suis limitée à l’espace de ma piaule pour les étudiants, de mon appartement pour les familles, de mon très grand monastère pour les moines. Aujourd’hui, je ne me déplace qu’après avoir rempli une attestation, c'est-à-dire avoir pris le temps d’interroger le pourquoi de mon action et de l’avoir – plus ou moins – ouvert à un autre que moi (que ce soit l’attestation de déplacement ou mon abbesse).

Et peut-être que ce dont la Règle témoigne, c’est qu’il y a là – dans cette acceptation de la limite, dans cette ouverture à l’altérité concernant mon agir – un chemin de vie possible… L’œuvre certes d’un combat (là les occurrences de ce champ lexical dans la Règle de St Benoit ne manquent pas !... ni dans le discours de notre président !), mais dans des mots qui me parlent plus, c’est aussi l’affaire d’une « école » (RB Pr, 45) ou d’un atelier comme dans la citation plus haut, avec ses outils, son labeur, son « artisanat monastique ».

Et alors un autre champ lexical s’ouvre, celui du chemin. Les moines, si stables soient-ils (quand ils le sont !), sont en chemin, en course même dirait St Benoit. C’est dire si la stabilité ne s’oppose en rien à la conversion, ou encore le confinement au déploiement de la vie. Le savoir donne déjà du courage. Mais à n’en pas douter, ce sera âpre par moments, St Benoit ne le nie pas. Alors il propose à ces moines : un horaire, de la prière, du travail manuel, des bonnes lectures, du soin à ce qu’ils lisent avant de se coucher, de la vigilance pour ne pas tomber dans l’excès, des pistes pour rabibocher les relations qui partent en vrille à longueur de journée sinon, et une bonne dose de ferme tendresse pour ce qui fait notre pâte humaine : il y a l’idéal mais il y a aussi, surtout le réel.

Je crois qu’en ces temps, ce que j’attendrai des moines, ce n’est pas tant qu’ils me conseillent un horaire (même si important le cadre pour structurer une journée…), ce n’est pas tant des conseils que bien d’autres pourraient donner parce que eux vivent vraiment l’isolement ou alors la promiscuité assortie ou pas de tensions familiales ; ce que j’attendrai des moines, c’est bien plutôt qu’ils disent/vivent une parole sur laquelle je puisse m’appuyer quand la confrontation trop grande à moi-même, à mes angoisses, à mes limites vient m’effrayer, qu’ils puissent témoigner que Dieu nous aime ainsi, et que si c’est vertigineux sous nos pas, il y en a Un qui nous soutient, qui est là, et qui ne craint pas. Qui plonge Son regard au fond du nôtre pour nous dire

« Tu as du prix à mes yeux ».

Au plus profond, le confinement me semble renvoyer beaucoup à cette expérience humaine impressionnante qui se joue au tréfonds quand la frénésie de paroles et d’actions s’arrête. Et dans ce tréfonds, j’ai juste envie de témoigner qu’Il y a Quelqu’un qui nous aime, Quelqu’un qui est . Et c’est Sa Présence, Son Amour, qui va me donner le goût de structurer mon temps, de travailler même quand ça semble dérisoire, d’accueillir la peur de la mort, de m’ouvrir au discernement requis de moi en chaque geste.

Alors pour répondre à « comment font-ils ? », je dirai « ils – enfin je… essaie de rester face à la Croix. »

Dans notre chœur – et notre cœur –, elle est lumineuse…

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