Homélie
Prière universelle

Info :
Le 13 octobre, à l'abbaye,
nous célébrons la Dédicace de notre église,
c'est-à-dire le jour anniversaire où celle-ci fut consacrée... il y a 156 ans
Pour cette raison, la liturgie de ce dimanche est différente de celle célébrée partout ailleurs !
L'homélie du jour a été prêchée par le P. Christian Mellon, sj.

Toutefois, le P. Michel propose une homélie correspondant aux lectures du 28è dimanche TO.
Vous la trouverez ci-dessous, après la prière universelle.
Bon dimanche à chacun(e) !

Étrange célébration !
(Ap 21,1-5 ; 1Pi 2,14-19 ; Luc 19,1-10)

Quelle étrange idée que de célébrer l’ouverture d’un bâtiment !

Pas si étrange, en fait ; rappelons une réalité banale, qui n’a rien de spécifiquement chrétien : dans la plupart des civilisations, il y a des rites qui entourent une construction nouvelle. Pose de la première pierre, inauguration (on coupe un ruban symbolique avant d’entrer…). En Inde, j’ai vu plusieurs fois les maçons accomplir un rite religieux au moment de la pose du toit… Cela traduit un sentiment fort : une construction dans laquelle des êtres humains vont vivre (naitre, aimer, prier, mourir…) mérite d’être reliée au sacré, au divin…
En ce domaine, comme en bien d’autres (date de Noël au solstice d’hiver, fête de Jean Baptiste au solstice d’été), l’Église christianise des rites culturels ou religieux préexistants. C’est là une intuition à respecter.

Mais pour éclairer le sens d’une construction comme cette église abbatiale, spécifiquement construite pour la prière et pour l’assemblée eucharistique, il nous faut regarder les 3 textes que nous venons d’entendre.

Remarquons d’abord qu’ils sont très différents : il y a un récit qui concerne un homme particulier, Zachée ; il y a un enseignement adressé à toute la première communauté chrétienne ; il y a une vision annonçant la fin des temps et concernant toute l’humanité. Mais par delà ces différences, notons une réalité commune : chacun de ces textes fait un lien étroit entre une réalité matérielle (une maison, des pierres comme matériaux de construction, une ville) et une action de Dieu dans l’histoire des hommes. Jésus agit dans le cœur d’un homme qui se convertit et change de vie ; l’apôtre Pierre invite chacun des membres de la communauté des croyants à devenir une pierre vivante dans la construction de cet « édifice spirituel » qu’est l’Église naissante ; l’Esprit inspire à l’auteur de l’Apocalypse une vision qui, à travers l’image d’une ville, la Jérusalem nouvelle, révèle le sens ultime de l’aventure humaine sur cette terre : habiter pour toujours avec Dieu, dans une demeure commune. « Voici la demeure de Dieu parmi les hommes… » Ces mots évoquent ceux que nous lisons au tout début de l’évangile de Jean : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous (ou « il a demeuré parmi nous » ; ou encore « planté sa tente »).

Tournons maintenant nos regards vers cette église abbatiale, dont nous commémorons aujourd’hui la dédicace, il y a 156 ans. Notre regard peut s’attarder sur la beauté de la construction (surtout depuis sa rénovation il y a 15 ans), mais laissons éclairer notre contemplation par les textes de l’Écriture que la liturgie vient de nous faire entendre.

Cette église a été, pour de très nombreuses personnes, le lieu d’une rencontre personnelle avec le Christ ; pour vous, chères sœurs et toutes celles qui vous ont précédées, mais aussi pour beaucoup de personnes accueillies ici pour une retraite, une récollection, une session, une rencontre familiale ou amicale… Ces personnes ont pu s’entendre dire ici, comme Zachée : « Il me faut demeurer chez toi », ou « aujourd’hui la salut est arrivé pour cette maison ».
Pour votre communauté, cette église a été le lieu où s’est construit, dans la prière partagée et chantée, un « édifice spirituel » dans lequel chacune a été et est invitée à devenir une « pierre vivante ».
Pour certains de ceux qui y sont passés, cette église a pu être le lieu où s’est éclairée leur recherche du sens ultime de l’aventure humaine : demeurer pour toujours avec Dieu. Un jour Dieu donnera à l’humanité réconciliée, devenue semblable à une ville harmonieuse et pacifiée, de vivre de sa vie, de son amour, sans fin.

Cette espérance, elle est pour tous, y compris pour ceux et celles qui sont venus dans cette église sans le désir ni le savoir-faire de la prière. Car, si nous sommes tous appelés à devenir des « pierres vivantes » de cette cité en construction, nous savons qu’il y a une pierre sur laquelle repose la solidité de l’édifice, c’est celle qui a été d’abord rejetée par les bâtisseurs, parce que non conforme. Au cœur même du travail de longue haleine de construction de l’Église, il y a ce rappel incessant à une conversion de nos manières de voir : nos normes de solidité ne doivent pas se conformer à celles des architectes. Jésus, qui a été le premier rejeté par les bâtisseurs de son temps, ne cesse de nous interroger :

quelle place faisons nous, dans nos édifices, au pauvre, au faible, à l’exclu, à l’étranger ?

Célébrons aujourd’hui, dans la joie, l’espérance de ce jour où la pierre rejetée par les bâtisseurs trouvera sa place, une place centrale, ce jour où nous demeurerons avec Dieu et Dieu avec nous.

Prière universelle

En ce jour où nous célébrons la Dédicace de notre église abbatiale,
prions pour tous les hommes appelés à ne former qu’un seul corps dans le Christ Jésus

I/67 O Christ ressuscité, exauce-nous !

Prions pour notre Pape François, évêque de Rome,
Qu’il gouverne la barque de l’Église au souffle de l’Esprit,
en annonçant l’Évangile dans toutes les cultures.

Prions pour les communautés de base d’Amérique latine et particulièrement celles d’Amazonie,
Qu’elles soient ferment de renouveau pour bâtir un monde plus solidaire et fraternel.

Prions pour toutes les églises, lieu de célébration du mystère pascal,
Qu’elles restent des maisons de prière ouvertes
aux pauvres, aux marginaux, à tous ceux que notre société rejette.

Prions pour chacun d’entre nous, temple vivant de Dieu,
Que nous soyons les témoins de la présence du Christ Ressuscité au cœur de nos vies.

Seigneur, daigne exaucer nos demandes
Et nous chanterons ta louange tout au long de notre vie.
Amen

 

Homélie correspondant aux lectures du 28ème dimanche du temps ordinaire - année C
GUÉRISON
(Luc17/11.19)

Ces dix lépreux font penser à celui que Jésus a déjà guéri en Galilée. Mais d’un récit à l’autre les différences sont grandes. Ici, Jésus ne les trouve pas par hasard, ils viennent à sa rencontre. Ils ne tombent pas face contre terre en l’appelant Seigneur, mais ils élèvent la voix en l’appelant chef, voyant seulement en lui un homme revêtu d’autorité. Ils ne lui demandent pas d’être purifiés, mais se présentent seulement tels qu’ils sont dans leur situation de mis à l’écart. Ils ont entendu dire que Jésus fait des guérisons et ils disent simplement :

« Aie pitié de nous ! »

Aucun geste de guérison de la part de Jésus pas plus que le prophète Élisée pour Naaman le syrien. Un regard, une parole, c’est tout : « Faites route vers les prêtres ». Pour Jésus, faire route, c’est aller vers Jérusalem, c’est affronter sa mort. Pour les lépreux, c’est aller se montrer aux prêtres en croyant à leur guérison.

Ils ont donc eux aussi une épreuve à surmonter :
croire cet homme.

Jésus ne les guérit pas aussitôt comme il l’avait fait en Galilée. Il leur ouvre un chemin de foi très dépouillé : aller en s’appuyant sur sa seule parole, comme Pierre quand Jésus lui demande de jeter les filets. Ils s’y risquent et alors qu’ils sont en chemin, ils sont purifiés, restaurés dans tout leur être, rétablis dans l’alliance avec Dieu.

L’un d’eux, ayant vu qu’il était guéri, reconnait que cela vient de Dieu et le glorifie publiquement. Alors il revient vers Jésus et tombe à ses pieds en lui rendant grâce, lui qui était resté à distance au début. Il voit en Jésus bien plus qu’un chef, mais l’envoyé de Dieu, qui vient de le guérir. Or il est Samaritain, donc exclu de l’Alliance aux yeux des juifs. Mais désormais l’action de Dieu ne connait plus de frontières, sinon celles de la foi ou de son refus.

Jésus s’étonne : les neuf autres n’ont-ils pas eux aussi été retrouvés, comme le fils de la parabole ? 

« Mon fils qui était mort est revenu à la vie ! »

Pourquoi ne sont-ils pas revenus rendre gloire à Dieu ? Fais route, lui dit Jésus. C’est bien plus que retourner chez soi. Ta foi ne t’a pas seulement guéri, réintégré dans une communauté, elle t’a sauvé.

La foi, cette double démarche
d’aller vers l’inconnu sur la parole de Jésus,
puis de revenir à lui pour lui rendre grâce, le reconnaissant comme envoyé de Dieu.

Il ne devient pas pour autant disciple à la façon de ceux qui suivent Jésus vers Jérusalem. Il ira son chemin, rétabli, devenu lui aussi fils du Royaume, l’un de ceux qui précèdent le peuple élu. cf Lc 4/24.27

13.10.19

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