Homélie
Prière universelle
JÉSUS ET LA MORT
(Jean 11/1-45)

« L’heure » n’est pas encore venue. Elle approche. Jésus le sait, et il éprouve à la fois désir, angoisse et crainte. Nous imaginons trop souvent un Dieu imperturbable, une sorte de sphinx, à l’abri de toute émotion. Tel n’est pas le Dieu de Jésus Christ. Nous le voyons en proie à une vive émotion quand il apprend la mort de Jean Baptiste, ou quand il se heurte à l’incrédulité de ses compatriotes. Il tressaille de joie sous l’action de l’Esprit Saint, s’émerveille de la foi du centurion ou de la chananéenne. Aujourd’hui nous le voyons bouleversé d’une émotion profonde. Devant le cadavre de son ami Lazare, il pleure.

Jésus n’a pas triché avec son humanité. Ce n’était pas une sorte de vêtement d’emprunt, extérieur à lui-même. Il partage avec nous les mêmes sentiments, les mêmes douleurs et c’est nous qui le faisons passer par là. Certains s’imaginent que s’ils avaient la foi, ils n’auraient pas peur de souffrir ou de mourir. Ils n’ont jamais lu l’évangile.

L’AVEUGLE NE
(Jean 9)

Il y a dans ce que nous venons d’entendre toute l’histoire de l’humanité, une humanité aveugle, la nôtre. Jean la raconte à partir d’une remarque assez fréquente dans son évangile : « Jésus passait ».

Notre Dieu n’est pas un personnage installé, insensible, immobile. Il passe et nous fait tourner nos regards à l’avance vers le grand passage de Pâques, celui du baptême.

Jean campe dans cette scène toutes les attitudes que les hommes vont prendre par rapport à Jésus :

UNE RENCONTRE INATTENDUE
(Jean 4/5.42)

Les frontières de la France ne sont plus guère contestées. Il n’en est pas de même pour bien des nations dont l’unité est fragilisée par des divisions entre des clans, des tribus, ou par des frontières mal établies. Il en fut ainsi pour Israël. Le royaume de David éclata à la mort de son fils Salomon. Dix tribus sur les douze se séparèrent pour former le royaume du nord, en Samarie. Les juifs à proprement parler ne sont plus que les membres de la tribu de Juda et ceux de la tribu de Lévi qui se tiennent autour de Jérusalem. La Galilée est au nord de la Samarie, ce qui explique l’hostilité entre juifs et samaritains.

Jésus va annoncer une réconciliation, que nous voyons s’opérer à la fin de cet évangile. Il met de côté la question de savoir s’il faut adorer à Jérusalem ou sur le mont Garizim où se dressait le temple rival des samaritains. Dieu est partout, là où il agit. Le lieu de l’adoration c’est celui de la rencontre de Jésus Christ, ce puits auprès duquel, fatigué, il vient demander à boire à une femme.

Yeux, Oreilles, Langue
(Mt 17)

L’évangile nous raconte ce qui s’est passé ce jour là quand Jésus prit avec lui Pierre Jacques et Jean, les plus proches parmi les apôtres, les premiers appelés pour gravir une montagne, comment au sommet ils ont été témoins de quelque chose d’extraordinaire quand le visage de Jésus devint resplendissant comme le soleil, ses vêtements blancs comme neige et comment ils entendirent une voix venue du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé »… 

En réalité Jésus avait pris avec lui trois aveugles sourds et muets,
et il allait faire pour eux ce qu’ils lui avaient plusieurs fois vu faire :
guérir les yeux, les oreilles, la langue
.

Aveugles, ils savaient beaucoup sur Jésus, tout ce qui les avait séduits, la nouveauté, la force de sa parole, tout ce qui les avait portés à le suivre, ce que nous aimerions mieux connaitre, la richesse de son humanité, mais ils ne le voyaient pas en lui la plénitude de la divinité, ce en quoi ils demeuraient des aveugles.

Sourds ils l’étaient quand il leur disait sa véritable identité, quand il remettait les fautes et muets quand ici même, comme Pierre ils ne savaient pas quoi dire, sinon de proposer la construction de trois tentes.

Et nous voyons Jésus faire avec eux ce qu’il faisait avec tous les infirmes de leur espèce, une longue entreprise de guérison, commencée au jour de leur appel, dans le compagnonnage quotidien. Aujourd’hui, à la veille d’une épreuve difficile, c’est une nouvelle étape du traitement, plus radicale, au cours de laquelle ils peuvent accueillir les prémices de la guérison. Si cet événement de la transfiguration ne concernait que Pierre, Jacques et Jean, ce serait déjà extraordinaire et aurait de quoi nous remplir d’admiration, mais il nous concerne au premier chef.

Bien aimé !
(Mt 4,1-11)

Pendant 40 jours Jésus va revivre l’épreuve vécue par son peuple pendant 40 ans.

Difficile de vivre au désert : Jésus va connaître la faim, la tentation comme nous de chercher la sécurité du pain quotidien par l’accumulation des richesses, l’illusion du pouvoir et de la toute-puissance dans la famille, le pays, l’entreprise, la tentation des « moyens courts ».

C’est d’ailleurs ce que le peuple lui demande, qu’il fasse des miracles, prenne la tête du peuple pour rétablir la souveraineté d’Israël. 

Mais Jésus n’a utilisé sa puissance que pour guérir, nourrir, changer les cœurs.

Il refuse la publicité, une légion d’anges pour le défendre. Il a connu la fatigue et la soif au puits de Sichar, le chagrin à la mort de Lazare. Il a connu toutes nos ambitions classiques. Ses tentations sont les nôtres et aussi, par voie de conséquence, au long des siècles, celles de l’Église souvent tentée d’utiliser à son profit un pouvoir reçu d’un Autre. 

Or c’est précisément dans sa manière de vivre son humanité que Jésus nous révèle sa divinité.

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre