Homélie
Prière universelle
RAMEAUX
(Luc 22/14 sq)

Tout a commencé par un malentendu lors de cette entrée à Jérusalem...
C’est un drôle de roi qui est entré, sur un ânon, une monture peu glorieuse, même quand il faut accomplir l’Écriture, une monture qui ne lui appartient même pas, avec comme escorte une foule de Galiléens, ces gens mal vus de ceux de Jérusalem. Rien de bien triomphal, tout aussi déconcertant que la crèche de Bethléem ou l’atelier de Nazareth.

Mais pour les apôtres c’est enfin l’accomplissement de ce qu’ils espéraient. Jésus prend possession de la ville royale, la cité de David, la ville sainte où il doit inaugurer le Règne de Dieu.
On est en pleine méprise... Il en va souvent de même avec les foules qui poussent en avant un homme fort, un leader politique : combien d’exemples dans l’histoire à la naissance des dictatures ! Les faibles ont plus que d’autres besoin d’un pouvoir fort.

Ici la foule va devoir mettre sa foi en un Christ crucifié, une autre affaire !

ÉCRIRE SUR LE SABLE
(Jean 8/1-11)

En fond de tableau : le Temple, toute une foule. Au milieu une femme les yeux baissées, effrayée, humiliée, rudoyée par un groupe d’hommes qui la présentent à Jésus pour être condamnée.
On attend sa réponse, qu’il se dresse comme un juge, montre du doigt, énonce une sentence. Il n’en fait rien, mais fait exactement le contraire. Il était assis, en train d’enseigner, il va continuer, non point par des paroles. Il est toujours le Maître qui enseigne. Il ne se dresse pas, mais s’abaisse, il ne montre pas du doigt, mais avec le doigt dessine sur le sol. Face au prestige de la Loi et de ses docteurs, Dieu en personne répond par la fragilité de quelques traits sur le sable. Au texte des prescriptions, aux articles de loi, il donne une forme nouvelle, silencieuse. Sa seule et unique écriture ne laissera aucune trace visible, elle est destinée à faire passer une parole qui ne passera pas.
Laquelle ? Lui-même qui s’exprime alors au-delà des mots, par ce geste, son attitude, son silence. Parole troublante que lui-même, Verbe fait chair.

Oppose-t-il la faiblesse à la force ?
Nullement, la faiblesse n’est pas une vertu ;
il fait appel à une autre force,
celle de la lumière qui pénètre les consciences.

Il joue aussi sur le temps en déclarant à ceux qui le pressent de donner un verdict : « Celui d’entre vous qui est sans péché qu’il lui jette le premier la pierre ». Puis il s’abaisse à nouveau, continue à écrire, alors que peu à peu les hommes s’éloignent. Ce geste de force de Jésus fait jaillir la liberté, un geste sauveur.

LES DEUX FILS
(Luc 15/11-31)

Nous avons à prendre au sérieux la gratuité du don de Dieu. Ce n’est pas en raison de nos mérites, ni de nos bonnes pensées que Dieu vient nous combler, mais parce qu’il nous aime.

Il y faut cependant un déplacement de notre part, celui du fils retournant vers son père. De quoi s’agit-il ? Simplement de notre confiance, de notre abandon, de notre foi en cet amour qui nous fait exister, nous enveloppe, qui est inscrit au plus profond de nous-mêmes.

Le père ne peut rien pour le fils tant que le fils ne se tourne pas vers lui.
Dieu ne peut nous donner notre bonheur sans notre assentiment,

un assentiment qui ne se donne pas toujours par des raisons très louables. Nous voyons que le fils prodigue ne décide pas de retourner vers son père par amour. Rien de noble dans son raisonnement. Simplement il a faim et il n’a plus d’argent.

Il est facile de transposer : les excès, les idoles auxquels nous nous livrons sans toujours en avoir bien conscience, consomment nos richesses intérieures et extérieures et nous laissent vides et affamés. Déçus en fin de compte. C’est les mains vides que nous retournons vers notre vérité d’hommes, notre dignité de fils. Dieu nous attend.

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre