Homélie
Prière universelle
ÊTRE COMME DIEU
(Mt 18)

. Une question et sa réponse
. Une explication
. Un petit mot important
. Des applications.

La question : Pardonner jusqu’où ? Jusqu’à sept fois ?

Peut-être avons-nous la chance de n’en vouloir à personne, mais si nous cherchons bien n’y a-t-il pas en nous quelque rancune cachée, une sourde animosité, un « c’est bien fait » prêt à sortir quand l’autre connaît quelque échec, une couleuvre difficile à avaler ?…

On peut penser à ce beau récit d’un ancien déporté chrétien, qui a fait tout un cheminement spirituel dans le camp de concentration, mais qui déclare à plusieurs reprises qu’il ne pardonnera jamais ce qu’on lui a fait subir. On peut penser aux victimes du 11 septembre et à ce qui a suivi, en Irak ou en Afghanistan…

La réponse de Jésus est simple « jusqu’à 70 fois 7 fois », c’est à dire à l’infini…

Suit une explication, sous forme de parabole, l’histoire d’un roi qui pardonne à un serviteur qui lui, ne pardonne pas. Comme cet homme de dimanche dernier qui refusait de voir ses torts, malgré les interventions de ceux qui essayaient de les lui faire reconnaître, il s’exclut de lui-même de tout pardon et se met à l’écart de la communauté ecclésiale.

LOI ET CHARITÉ
(Mt 18)

« Ayant aimé les siens qui étaient en ce monde, il les aima jusqu’au bout… »

C’est en laissant cette parole du jeudi saint prolonger son écho en nous qu’il faudrait méditer les trois lectures que nous venons d’entendre.

Elles ont un but : nous aider à mieux comprendre ce qui suit, non seulement dans le texte, mais dans cette eucharistie que nous célébrons actuellement, au cours de laquelle Jésus nous donne sa vie en nourriture.

Ces paroles sont des paroles créatrices qui nous permettent de nous construire à l’image et à la ressemblance de Dieu, d’exister vraiment, en libérant ce qui demeure en nous plus ou moins en germe. Saint Paul, dans la seconde lecture l’expose parfaitement en rappelant le rôle de la Loi. Elle balise notre route, précise les limites à ne pas franchir. Mais nous en savons l’insuffisance si ce n’est pas l’amour qui l’inspire. Il est, Lui, Jésus, l’accomplissement de la Loi, la seule façon d’exister pour de bon.

Au terme, Jésus nous dit qu’aimer en perfection consiste à donner, comme lui, son corps et son sang, notre propre vie.

« Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne »

C’est un pouvoir qui nous est donné, que les saints, non seulement les saints patentés mais combien d’autres plus ou moins anonymes savent comment mettre en œuvre.

Audace et foi !
(Mt 16, 21-27)

 

Le moment est venu pour Jésus de dire à ses disciples qu’il va vers sa Passion : solennité de l’annonce, qui sera répétée deux autres fois encore dans l’Evangile. Mais comment accepter que le Maître aimé ait à souffrir, qu’il soit tourné en dérision, humilié, crucifié, mis à mort, lui qui n’a fait que le Bien ?

Alors, Pierre, avec sa fougue coutumière, lui qui est toujours un peu notre porte-parole dans ce genre de situation, vif mais peu courageux !, Pierre proteste : il refuse cette annonce ; elle contredit trop sa sensibilité… et la nôtre. Et Jésus le remet en place sévèrement : « Arrière de moi Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu ».

Si Jésus va à la mort, c’est parce qu’il y a quelque chose dans le cœur de l’homme qui résiste et résistera toujours à l’amour offert, mais cette résistance, cette violence, ne pourra jamais être surmontée que par l’esprit des Béatitudes, esprit de douceur et de paix ; la violence ne se guérit pas par la violence. Le disciple est appelé pareillement à suivre ce chemin, à se renoncer, à prendre sa croix, à perdre ou plutôt à donner sa vie, à l’abandonner. Car c’est d’un don libre qu’il s’agit, d’une offrande, d’un consentement et non d’une faiblesse.

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre