Homélie
Prière universelle

Pas d’introduction dans cet évangile, mais d’emblée l’image du semeur sorti pour semer, un verbe, sortir, qui fait écho à ce que dit Jésus autrefois à ses compagnons à Capharnaüm lorsqu’ils le cherchaient au petit matin :

« C’est pour cela que je suis sorti »

Une parole lourde de sens.
On comprend que ce semeur c’est Jésus lui-même.

Voici une image, celle des semailles qui donne sens à tout ce qui s’est passé depuis ce moment inaugural de la sortie de Capharnaüm. Il a proclamé la Parole, guéri des malades, des foules le suivent, multiplié les signes. Et toute cette vie semée a suscité résistances, oppositions, conflits. Il relit ces événements à partir des forces de croissance qui sont à l’œuvre.

Du grain tomba…
L’attention porte moins sur le terrain plus ou moins fertile que sur la prodigalité du semeur, le grain qui tombe, un pari sur l’avenir. Le semeur sème sûr que le grain lèvera, que la bonne terre produira cent pour un. S’il  y a des pertes, ce n’est pas grave, devant tant de profusion. On ne chasse même pas les oiseaux qui viennent manger la semence, on ne détruit pas les bleuets, les marguerites ou les coquelicots. Le semeur agit dans la paix, certain du résultat, même s’il y a des déconvenues

Qui a des oreilles pour entendre qu’il entende !

 JE TE BÉNIS O PÈRE     Mt 11/25-30 

Qui peut connaître le Père, sinon le Fils, et celui auquel le Fils le révèle ?

« Nul n’a jamais vu Dieu, nous dit saint Jean, seul le Fils nous le fait connaître. Tout ce qu’il y a dans le Père est dans le Fils. Qui le voit, voit le Père. ». Il est la visibilité du Père, dit saint Irénée.

Accepter cette révélation, accueillir le Christ, c’est entrer dans le même mystère de filiation.

Connaître Dieu comme Père ne va pas de soi, alors même que comme créature, nous sommes créés à l’image du Fils. Mais comment connaître et reconnaître le Fils ?
Il le dit lui-même : « Nul ne peut venir à moi si le Père ne l’attire » Jn 6/44.

Nous sommes ainsi entraînés comme dans un courant de vie et d’échange qui nous fait remonter à la source.

L’HEURE DU CHOIX
(Mt 10/37-42)

Il y a, dit-on, trois genres de professeurs : les jeunes, ceux d’âge moyen, et les anciens.
Les premiers disent tout ce qu’ils savent et même plus, les seconds ce qu’ils savent et les plus anciens ce que les élèves doivent savoir. 

Jésus lui, est un bon Maître qui sait former ses disciples et en particulier ses apôtres pour leur mission. Il précise ce qu’elle sera : vers qui se diriger, sans aller de suite chez les opposants, mais vers les brebis perdues. Il dit comment s’y prendre : guérir, donner et surtout marcher dans la pauvreté. Il les prévient : vous allez être persécutés, mal vus à cause de moi, mis à mal dans les synagogues. N’ayez pas peur, ne craignez pas. « Il suffit que le disciple devienne comme son maître et le serviteur comme son patron. » (Mt 10/25)

Votre force elle sera dans cette parole :
je suis avec vous,

qui vous accueille m’accueille.
Votre mission, c’est la mienne.

Ne craignez pas...
(Mt 10, 26-33)

A certaines époques dans nos régions ces avertissements de Jésus ont pu paraître d’un autre âge.
Le temps n’est plus où les chrétiens avaient peur d’être livrés par les juifs, leurs frères, dans leurs synagogues, Nous n’en avons pas moins, comme le dit Jean Paul II, à purifier les mémoires de toute trace de mépris.Par contre qui ne voit pas l’actualité des paroles du Christ sur les persécutions ?

Après celles effroyables commises sous les totalitarismes du 20ème siècle, puis la chute des idéologies, la construction d’une Europe démocratique pouvait donner à espérer pour le reste du monde. Or aujourd’hui nous les voyons reprendre, à quelques heures de vol d’ici, en Égypte par exemple, où d’ailleurs elles n’ont jamais cessé à l’égard des Coptes, à l’égard des chrétiens, mais aussi de bien d’autres minorités religieuses.

Don de Vie
(Jn 6,51-58)

Avec ces paroles, nous voici à la source de cette fête qui, comme la plupart de nos fêtes, a une longue histoire. Les premiers siècles ne l’ont pas connue, mais en tout temps, nous avons été invités à reprendre conscience de ce qui se passe lorsque nous célébrons l’Eucharistie. Il s’agit d’un sacrement, un acte du Christ qui, dans l’Église, par des paroles et des gestes nous rend présents à ce qu’il a accompli lors de son passage de ce monde à son Père.

Que fait-il ?
Il nous fait exister
et prend en charge nos désirs comme nos fautes,
pour nous faire accéder à sa propre vie.

« Celui qui vivra par moi… », dit-il à plusieurs reprises. Vivre par quelqu’un, c’est avoir ses pensées, son cœur, être pris par lui, passionné, se sentir attiré, avoir un but dans la vie. Comme le ressort est ce qui fait mouvoir une montre, la passion est ce qui nous fait vivre. Ceux qui vivaient avec Jésus, qui le voyaient l’écoutaient, savaient qu’il était passionné. Il le disait : « Il faut que le monde le sache : j’aime le Père.. »

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre