Homélie
Prière universelle
LE JOURDAIN
(Marc 1/7-11 l0.1.21)

Il y a bien des figures du baptême dans la Bible. Il y a d’abord le chapitre 1 de la Genèse où nous voyons l’abîme primordial, masse d’eau sans rivage, figurer le néant. Nous pouvons pressentir que notre baptême comportera un aspect de création : avec lui surgira une réalité qui n’était pas encore là.
Avec le déluge nous apprenons que le péché, c’est à dire le refus de se construire à l’image de Dieu, provoque le retour au néant initial. De fait nous ne pouvons être autres qu’images de Dieu… Cependant, ce néant est en quelque sorte traversé et une humanité nouvelle surgit à la sortie des eaux.
Voici maintenant la traversée de la mer rouge et du Jourdain : passage de l’esclavage à la liberté, création d’un peuple nouveau sur une terre nouvelle. « l’ancien a disparu, un être nouveau est là » dit St Paul. Nous sommes alors dans le thème omniprésent dans le nouveau testament de la création nouvelle dans le Christ.

A priori nous pourrions penser que Jésus n’avait aucune raison de se soumettre au baptême de Jean. Il n’a pas besoin de se laver, de traverser les eaux mortelles, de renaître dans un baptême pratiqué pour la rémission des péchés.

En lui il n’y a pas de division entre les hommes et Dieu.

Jean dit bien qu’il n’est pas digne de se courber pour défaire la courroie de ses sandales, un geste qui ne se fait qu’à la fin d’un parcours. Ne pouvons-nous pas voir ici une évocation de ce qui achève le parcours terrestre du Christ, sa mort et sa résurrection ? Le récit de son baptême est une sorte d’anticipation pascale, sa vie publique prenant place entre ces deux récits du passage à travers la mort, symbolique pour le premier, réel pour le second. Jésus lui-même parle de sa passion comme du baptême dont il doit être baptisé. Jésus est venu faire un avec nous dans la détresse où nous ont plongé nos violences, pour que nous fassions un avec lui dans l’humanité nouvelle. Lui n’avait nul besoin d’être baptisé, mais bel et bien nous-mêmes qui naissons avec lui comme membres de son corps.

Mardi 29 décembre 2020 à Jouarre

« C’est bientôt la fin de l’année mais depuis son début, je vous regarde »,
dit Dieu.

Au début, vous vous embrassiez, parfois même vous dansiez - pas au bal masqué, au bal tout court ! La distanciation sociale, puis la distanciation physique, sont devenues votre quotidien. Mais comme dit mon ami François, à Rome, ces distanciations ne pourront pas durer sans éroder l’humanité[1], sans éroder votre tradition bénédictine qui m’est si chère : l’hospitalité, elle fait tellement partie de vous. Combien de temps encore dureront ces distanciations ? Je ne sais pas – dit Dieu.

Mais l’avenir reste à écrire ensemble, car je vais continuer à tout vivre avec vous.

Depuis le début de l’année, je vous vois et surtout je vous admire tellement vous avez d’attentions les uns pour les autres, et en particulier en cette année étonnante : un covid qui n’en finit pas et qui repousse les écritures de mémoires, l’urgence sanitaire, l’urgence attentat, les secousses économiques qui vont avec tout ça. Il vous en ait tombé pas mal sur la tête cette année, sans parler de ce que chacun porte personnellement comme un combat contre un cancer, une relation qui casse, une histoire dont l’héritage est si difficile à assumer, une épouse ou une sœur qui est décédée... Vraiment cette année, si vous en aviez, vous aviez de quoi finir tous les Lexomils de vos armoires de salle de bains ou d’infirmerie de monastère.

Depuis le début de l’année, dit Dieu, je vous regarde :

Aucune hésitation chez les bergers. Ils croient l’ange, comme Marie et Élisabeth avant eux. Ils discutent un moment entre eux, pour se confirmer ce qu’ils viennent d’entendre et ils décident de partir en hâte, comme Marie quand elle se rendit chez Elisabeth.

L’ange leur avait parlé du sauveur. Ils découvrent une famille semblable aux autres avec le bébé couché dans la mangeoire. Rien d’extraordinaire, tout est simple et naturel à part le signe de la mangeoire qu’ils peuvent constater de leurs yeux. L’ayant vu ils expriment leur foi, sans hésiter, non pas en chantant le Magnificat ou en prophétisant, mais en répétant la parole de l’ange :

cet enfant est le Sauveur, le Christ Seigneur.

Tous s’étonnent, même Marie, qui conserve ces paroles et les considère dans son cœur. Elle rassemble ce que disent les gens même si ce sont des gens peu considérés. Elle est ainsi la figure du chrétien qui retourne ces éléments de la tradition en les laissant mûrir.

Les bergers eux, sont transformés. Ils repartent louant et glorifiant Dieu pour tout ce qu’ils avaient vu et entendu. Désormais l’armée céleste peut rester dans ses quartiers célestes puisqu’ils en prennent le relais sur la terre. De fait ils n’interviennent plus.

Nous venons de prononcer le mot de tradition. C’est traditionnel, au sens d’habituel de formuler des vœux au 1er janvier. Les bergers, en disant ce qu’ils avaient vu et entendu vont bien plus loin en nous invitant à communier au cœur de notre foi : Il vous est né un Sauveur, pour les siècles des siècles. Imitons les bergers !

Abbaye
Notre Dame de
Jouarre