Non, les voyageurs de l’avion qui vient de s’écraser, les victimes d’un terroriste, celles des accidents de la route ne sont pas plus pêcheurs que les victimes de tremblements de terre ou de bombardements. La mort est toujours là, brutale, inopinée, ou au terme d’une longue maladie. La cécité de l’aveugle-né dans saint Jean n’était due ni à ses propres péchés ni à ceux de ses parents.
L’idée de malheur lié au péché et à une punition divine est aussi vieille que l’humanité.
La Bible la prend en charge et lui fait subir un traitement qui ne portera ses fruits que lors de la mort et de la résurrection du Christ. Là nous apprenons que Dieu laisse crucifier Jésus, que les armées d’anges ne bougent pas. Nous avons du mal à nous défaire de l’idée d’un Dieu interventionniste, soit pour punir ou pour tirer d’affaire. Ce Dieu n’est pas le nôtre, le Dieu de Jésus Christ. Il est avec nous certes, l’Emmanuel, mais d’abord pour partager ce que nous avons à traverser et pour donner à toute chose une issue de vie et de gloire. Serviteur, il se met entre nos mains afin de pouvoir nous prendre entre les siennes.
Mais alors que signifie la formule inquiétante : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous ? »
A nouveau nous voici sur une montagne, avec Moïse qui avait reçu la Loi sur l’Horeb. Il en était redescendu environné de lumière au point d’avoir du cacher son visage. Élie aussi est là. Il avait reçu sa mission en ce même lieu. Il est le prophète type.
La Loi avec Moïse, les prophètes avec Élie, c’est toute l’ancienne Alliance qui accueille Jésus transfiguré. Il est Lui, la nouvelle et éternelle Alliance, celle de l’unité entre l’humanité et la divinité. A la fin du récit, il est seul, car tout le passé se résume en lui. Il est la nouvelle Loi. Avec lui il ne s’agit plus seulement d’un texte, mais d’une personne vivante, cet homme en qui resplendit la gloire de Dieu. Il s’agit de le voir et de l’écouter, de le suivre aussi.
Où ?
Il y a en nous une force qui nous pousse à nous préférer à tous les autres, à prendre le pouvoir, à dominer, au sein de nos familles, dans notre milieu professionnel, au sommet de l’Etat : « tous les royaumes de la terre je te les donnerai… ». L’ambition est un tyran démoniaque que beaucoup considèrent comme une vertu. Tout nous pousse à attirer l’attention et à susciter l’admiration pour nos exploits : « Si tu es le Fils de Dieu comme tu l’as entendu lors de ton baptême, jette toi en bas du sommet du temple ». Certes Jésus fera des miracles, mais ce ne sera jamais pour sa notoriété. Il imposera le silence aux bénéficiaires.
Satan interprète l’Écriture, Gen 3, a contrario, mais Jésus lui répond par trois citations du Deutéronome. Parole de Dieu Jésus se soumet à la Parole, il obéit « Il s’est anéanti lui-même se faisant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix » Phil 2/8. Il va donc à l’encontre de nos réactions spontanées, les nôtres et peut-être les siennes, du fait que l’évangile situe ces scènes au début de la vie publique, alors que commence l’annonce du Royaume de Dieu et l’invitation à y entrer. Plusieurs ont leur idée à ce sujet.