Une petite parabole. Elle interdit de juger les autres. Nous avons tous rencontré des gens qui aiment bien donner des conseils : « Si j’étais toi, si j’étais à ta place, je ferais ceci ou cela… » On nous le demande parfois. Il y en a dont c’est la fonction, le métier, leur rôle dans la société.. Certains en conduisent d’autres sur les chemins de Dieu. L’évangile lui-même nous y invite : « si ton frère vient à pêcher, va le trouver et reprends le seul à seul… » Vous connaissez la suite dans Mt 18/15. On trouve ici l’écho d’une véritable procédure pour aider quelqu’un à y voir clair, sans juger trop vite.
Celui qui aide l’autre sur ce chemin ne s’imagine pas qu’il est devenu aussi grand que le Maître et encore moins qu’il lui est supérieur. Un long temps de maturation est nécessaire au cours duquel le disciple laisse pénétrer en lui la manière de parler et d’agir de son Seigneur. Sinon il sera comme un aveugle qui prétendrait conduire un autre aveugle.
Quand un accompagnateur, un conseiller, un ami devient-il aveugle ? Quand il cesse d’accompagner, de cheminer avec et se met en position de surplomb, dans l’attitude de celui qui sait, qui juge et condamne.
« Comme vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites pour eux de même »
Ce verset, porte un nom, signe de son importance : la règle d’or. A qui s’adresse Jésus ? A toute une foule de gens venus de Judée et de Jérusalem, du littoral de Tyr et de Sidon, pour l’écouter et se faire guérir de leurs maladies ; des gens de toutes sortes, pas seulement des juifs. Une parole de portée universelle, valable pour tout homme.
Les paroles qui viennent ensuite signalent les réformes les plus indispensables de nos jugements et de nos attitudes. La loi du talion autrefois marquait déjà un grand progrès dans tout un cycle de vengeance.
Mais il est possible d’aller plus loin.
« Donne à qui te demande », c’est bien, mais ce n’est pas à mettre en pratique immédiatement et dans tous les cas. Nous savons qu’il y a des occasions où il ne faut pas donner parce que cela encouragerait de mauvaises habitudes.
Jésus veut éveiller notre conscience :
« Pourquoi refuses-tu de donner ?
As-tu peur de ne pas être remboursé ?
N’est-ce pas le moment de te défaire de ton trésor ?
Et l’on peut faire encore un pas de plus :
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Même si vous n’avez jamais fait de montagne vous savez qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce que vous voyez au pied d’un glacier lors de la marche d’approche et au centre de ce même glacier, perdu que vous êtes alors dans une vaste étendue blanche...
Les béatitudes sont toujours liées à la montagne. Pourquoi ? Parce que selon le livre de l’Exode, Moïse avait reçu la Loi dans la solitude de la montagne, puis il était redescendu dans la plaine pour la communiquer au peuple. La montagne apparait comme le lieu de la transcendance divine.
Chez Luc cette transcendance se fait proximité, mais c’est toujours bien Dieu qui parle, par Moïse ou par les apôtres. Remarquons toutefois que Moïse est porteur d’une Loi alors que les apôtres annoncent une bonne nouvelle... D’un côté la récompense promise à la perfection morale, de l’autre la compensation aux malheurs qui frappent les hommes. Dieu n’a pas changé d’idée, mais il fallait que nous prenons conscience de notre péché avant de découvrir que c’est par grâce que nous sommes sauvés.
Luc insiste sur le « maintenant », la fin du maintenant de l’épreuve, celle des maux est au futur. La joie annoncée ne peut nous atteindre que par la foi et l’espérance qui nous permettent d’utiliser ce que nous avons à supporter pour accéder à la loi de l’amour : aimer quand même. Il est possible d’être heureux alors qu’on est en proie à la faim et aux larmes. Cela parait invraisemblable et c’est pourquoi Jésus vient nous le révéler. La bonne nouvelle a du mal à passer (quatre fois chez Luc, huit fois chez Matthieu). La foi exige de franchir les apparences. Ce n’est ni la vie ni la mort qui peuvent nous séparer du Christ.